Les territoires du libournais et du castillonnais, au Nord-Est du département de la Gironde, ont connu des époques économiques prospères jusqu’à la 2e moitié du 20e siècle. La désindustrialisation progressive de ces territoires et l’entrée en crise structurelle du vignoble bordelais (à l’exception des grands crus), leur a fait progressivement intégrer le « croissant de la pauvreté » qui court du Nord du Médoc au Lot-et-Garonne. Les fragilités socio-économiques ainsi que les disparités de revenus y sont importantes et le vieillissement comme la perte démographique s’accélèrent. Le territoire fait désormais cohabiter difficilement les populations rurales historiques et des populations plus récemment arrivées de la métropole bordelaise, du fait du « débordement » de son marché immobilier.
Héritage des périodes de prospérité, un important patrimoine bâti ancien compose les centres-bourgs historiques mais aussi l’habitat rural dispersé. Le réinvestissement de ce patrimoine bâti pour répondre aux besoins des populations est aujourd’hui une priorité, justifiée par le ZAN, l’accès au logement, aux services et équipements pour une population à faible revenu et/ou vieillissante, ou encore les enjeux de revitalisation des centres-bourgs pour de nouvelles activités.
Face ces défis combinés, les territoires se mobilisent et de nouveaux acteurs et modèles émergent, en marge des logiques habituelles du marché immobilier. Des opérateurs territoriaux innovants telle que la coopérative Habitats des possibles, couplée aux interventions de l’association Territoires des possibles, réinvestissent ces bâtis en prenant en compte les aspirations individuelles et en réinventant l’habitat semi-collectif. Ce faisant, elles expérimentent de nouvelles solutions d’ingénierie territoriale rurale et des processus participatifs inspirants. Ces structures ont déjà à leur actif plusieurs projets réussis d’habitats inclusifs et participatifs pour seniors, menés en intelligence avec les collectivités locales et le soutien de nombreux partenaires qui permettent de les rendre réellement abordables aux petits revenus.
Parallèlement, des acteurs privés majeurs (grands domaines, fondations) souhaitent s’investir au titre de leur responsabilité territoriale. Des synergies public -privé voient ainsi le jour autour de ces projets qui déjouent la fatalité. La demande des élus augmente et des projets allant au-delà de la cible habitat partagé sont désormais à l’étude, malgré leur complexité.
Dès lors et face à l’ampleur des enjeux, la question des conditions de réussite pour poursuivre le développement de ces modèles « alternatifs » se pose : quelle synergie entre les efforts du secteur public et du secteur privé ? comment concilier approche « humaine et personnalisée » et développement quantitatif de la réponse ? Quels facteurs clés de succès pour l’ingénierie locale ? Quel rôle des processus participatifs ? quels modèles de financement ? Quelle innovation dans l’action publique (financement, réglementation) pour accompagner ces ruptures ?
Accueilli par la coopérative Habitats des possibles en lien avec les collectivités partenaires et investisseurs territoriaux, cet atelier a vocation à enquêter sur les réalisations en cours et à éclairer les perspectives d’avenir, sur ce territoire et plus largement.

